Rencontre avec Dorothée Delaye

Écrit le 26th mai 2021

Après avoir partagé pendant neuf ans la direction de l'agence de design Desjeux Delaye avec  son associée Daphné Desjeux, Dorothée Delaye s'est lancée dans des projets solo spectaculaires. Rien que dans les prochains mois, deux sites conçus par Dorothée ouvrent leurs portes : l'hôtel Sookie dans le Marais et le restaurant de l'Hôtel de la Marine, nouvellement dirigé par le chef étoilé Jean-François Piège.

Heureusement pour nous, Dorothée a pris le temps de répondre à nos questions et nous avons récemment été ravis de discuter avec elle de son processus créatif, de son utilisation de la couleur et, bien sûr, de Farrow & Ball.

Pouvez-vous nous décrire votre style intérieur en cinq mots ?

Intemporel, feutré, minéral, patiné et coloré.

J’aime créer des décors singuliers parfois théâtral.

 

À quoi ressemble votre processus de création ?

Je n’ai pas de processus à proprement parlé mais plutôt une méthode instinctive. Je me mets à la place du futur client qui découvre un espace et je le façonne comme j’aimerais moi-même le découvrir.

Je crée des espaces théâtrales et photographiques. Je pense les espaces comme des scènes pour qu’aucune pièce ne soit délaissée, l’idée étant que toutes les couleurs cohabitent très naturellement ensemble.

Je respecte néanmoins des règles inconscientes de ne pas multiplier trop d’informations dans le même espace, je travaille des nuances qui se répondent et qui cohabitent.

Je m’inspire de tout, c’est très inconscient : des paysages, des films, des façades, des voyages, de photos pour la colorimétrie notamment.

Qu'est-ce qui vous a amené à utiliser les couleurs de Farrow & Ball dans vos projets ?

J’aime initialement beaucoup les couleurs flamandes reconnues pour leurs couleurs élégantes, sobres et intemporelles. C’est une base toujours sûre qui ne déçoit jamais – Cela permet de planter le décor.

Je ne les contretype jamais car la qualité Farrow & Ball offre des tons et un poudré jamais égalés. Je me sers souvent du nuancier pour justement construire la base du décor. Nous devons avoir six nuanciers Farrow à l’agence.


Pensez-vous qu'il existe une manière typiquement française d'utiliser la couleur dans les intérieurs ?

Les codes du chic à la française sont certes innés mais assez classiques et contrôlés. Je les utilise mais j’aime souvent emprunter les couleurs des décors à l’italienne, parfois plus ambitieux et osés.

J’aime aussi la fantaisie des anglais qui osent aussi des décors théâtraux à la limite du kitsch.


Avez-vous des recettes éprouvées pour combiner les couleurs ou les teintes dans une pièce ?

Plutôt l’instinct mais aussi les complémentaires. Jamais plus de 3 informations dans une même pièce (mélange matériaux et couleurs)

Avez-vous une couleur de peinture Farrow & Ball préférée à laquelle vous revenez sans cesse ?

J’utilise beaucoup les palettes des verts chez Farrow & Ball. Mes préférées notamment sont l’éternel Studio Green (murs et plafonds), le ton archivé Olive, et Pigeon. Aussi les « faux blancs » également : Slipper Satin, Strong White, Ammonite et Cornforth White.

Toutes les couleurs entre ciel et terre : les bleus comme Stiffkey Blue et Oval Room Blue, et les tonalités terreuses de terracotta, ocre et bordeaux….

J’ai également beaucoup utilisé dans nombreux chantiers, Brinjal, un bordeaux très sombre. Souvent associé au vert intense, c’est un parti pris fort et extrêmement chic, je l’ai même mis chez moi autour d’une cheminée.


Y a-t-il des règles de conception que vous suivez toujours, ou que vous enfreignez toujours ?

Mon curseur est celui de l’intemporalité. On peut être ambitieux en couleur mais ne pas tomber dans les tendances du moment pour ne pas se lasser.

La question à se poser : « Est-ce que j’aimerais toujours ce décor dans cinq ans ? »


Quelles sont les nouvelles tendances en matière de couleurs que vous avez remarquées récemment ?

J’ai l’impression qu’on observe un retour à la minéralité et aux couleurs sourdes.

Personnellement, les couleurs observées dans la nature sont omniprésentes dans mes projets.

Quelle est la différence entre le choix d'une palette de couleurs pour un espace public comme un hôtel et le choix d'une palette pour un appartement privé ?

Je ne fais pas franchement de différence.

Sachant que les hôteliers souhaitent penser leurs hôtels comme des maisons et inversement. Néanmoins, les volumes d’un hôtel permettent de jouer sur des décors plus scénographiques (grande fresque, aplat de plafond) et différentes circulations.

Je n’hésite pas à utiliser des couleurs sombres dans des pièces qui manquent de lumière naturelle.

En effet, l’idée est de prendre le contrepied et de faire de ce défaut « un ami », une qualité.

Par exemple, j’ai pris le parti de mettre du vert bouteille très sombre dans tout le RDC d’un hôtel qui était quasiment « aveugle » pour jouer le coté feutré et tamisé, de l’usage du vert quasiment noir.

Tout comme, utiliser les couleurs sombres dans les zones de dégagements : les couloirs « aveugles » qui servent les chambres d’un hôtel ou d’un appartement.

Pareil dans une entrée, une pièce en rotonde ; on assombrie l’ensemble, des murs au plafond « effet boite » 

Les toilettes ou les salles de bain 100% noir fonctionnent également. Nous en avons fait l’essai. Cela semble très ambitieux mais cela apporte beaucoup de caractère aux volumes.

J’aime également peindre dans une couleur sombre ou étonnante les plafonds d’une salle de bain. Cela donne du rythme, et rend la salle de bain plus élégante pour les petites surfaces d’hôtels par exemple ou même chez soi.

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